
Pendant trois jours, une quarantaine de journalistes, communicants, blogueurs, influenceurs et responsables d’associations ont troqué caméras et claviers pour les bancs de la formation. L’objectif a été d’apprendre à mieux sécuriser leurs pratiques numériques et à lutter contre la désinformation. À l’initiative de la Brigade Centrale de Lutte contre la Cybercriminalité (BCLCC), avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l’atelier intitulé « Responsabilité citoyenne à l’ère du numérique : agir ensemble contre la désinformation et la manipulation en ligne » s’est tenu du 3 au 5 février 2026 à Bobo-Dioulasso. Dans un contexte sécuritaire fragile et marqué par la circulation rapide de fausses informations sur les réseaux sociaux, la formation visait un public stratégique : les producteurs de contenus.

À l’ouverture, le commandant de la BCLCC, le commissaire principal Bantida Samire Yoni, a posé le décor : « Le numérique facilite l’expression citoyenne, mais son usage non maîtrisé favorise aussi la manipulation des opinions et des discours préjudiciables à la cohésion sociale. La réponse doit s’appuyer sur des citoyens avertis. » Le message est clair : la lutte contre la désinformation ne peut pas reposer uniquement sur les institutions. Elle passe aussi par les médias et les acteurs du web, devenus des relais d’influence majeurs. Durant les trois jours, les participants ont alterné exposés techniques et exercices pratiques : cadre juridique de la cybercriminalité, sécurisation des comptes, détection des traces numériques, fact-checking, vérification de l’information, mais aussi échanges d’expériences entre professionnels.

M. Lousseni Cissé, représentant du représentant pays du PNUD au Burkina
Au-delà des outils numériques, l’atelier a élargi la réflexion aux enjeux sécuritaires.Le représentant du PNUD, Lousseni Cissé, est revenu sur les liens entre manipulation de l’information, radicalisation et extrémisme violent, détaillant les voies de recrutement et les mécanismes de financement du terrorisme en Afrique de l’Ouest. « Si on n’est pas en paix, on ne peut pas construire le pays », a-t-il insisté, appelant les acteurs des médias à davantage de responsabilité citoyenne. Pour les organisateurs, la désinformation n’est pas qu’un problème médiatique : elle peut fragiliser la cohésion sociale, nourrir les tensions et compliquer la lutte contre l’insécurité.

L’approche s’est voulue concrète. Ateliers de vérification des sources, démonstrations sur les traces laissées en ligne, simulations de fact-checking : les participants ont travaillé sur des cas réels.L’objectif affiché est de créer un réseau de professionnels capables d’identifier rapidement les contenus douteux, de sensibiliser leurs communautés et de promouvoir des usages responsables du numérique.

La session s’est achevée sur une cérémonie symbolique de clôture. Au nom des participants, un porte-parole a exprimé des remerciements à la BCLCC et au PNUD pour l’initiative, tout en prenant un engagement clair : adopter des pratiques numériques plus responsables et relayer les acquis de la formation au sein de leurs communautés respectives. Un message qui résume l’esprit de ces trois jours : au-delà des compétences acquises, faire de chaque journaliste, communicant ou créateur de contenus un acteur de la citoyenneté numérique et de la cohésion sociale. À l’heure où l’information peut autant construire que fragiliser une nation, la bataille contre la désinformation commence désormais par un geste simple : vérifier, comprendre, puis informer avec responsabilité.
Tégawendé Ouedraogo/ lescoop.info